ISSN 1993-8616

Jusqu'à la dernière goutte - Mars 2006


Vivre dans un pays sans eau





© UNESCO/Felipe Alcoceba
La terre sèche est très peu perméable à l'eau de pluie

Dessalement, recyclage des eaux usées, importations : confronté à une quasi-absence de ressources en eau, le Koweït a du faire preuve de créativité pour faire face à la pénurie.









Que son économie soit florissante, notamment depuis la hausse fulgurante des prix du pétrole, ne change rien au problème : le Koweït manque d’eau. Ses ressources naturelles sont parmi les plus faibles au monde.

Certes, les précipitations annuelles existent. L’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime qu’elles s’élèvent aujourd’hui en moyenne à 104 à 134 mm par an, contre 176 mm pendant de longues années.

Si elles s’accumulent dans des cuvettes naturelles, seule une faible proportion de cette eau s’infiltre dans le sol en raison du fort taux d’évaporation dû au climat désertique et de la nature du sol.

Par ailleurs, le pays dispose de ressources en eau issues du ruissellement souterrain mais leur qualité se détériore et leur quantité diminue car les eaux les plus salines sont pompées à des fins d’irrigation.

Pour faire face à cette pénurie, le pays a longtemps importé de l’eau douce issue du Shat El-Arab en Irak. Cette politique a d’ailleurs été officiellement entérinée par les autorités en 1939 avec la création de la Kuwait Water Import Company.

Après le premier boom pétrolier, au début des années 1940, le Koweït a cherché à diversifier son approvisionnement.

En 1953, la première usine de dessalement d’eau a vu le jour. L’eau douce y est obtenue à partir d’eau distillée et d’eau souterraine peu saline. Sa production totale s’élevait alors à 4 545 m³/jour.

Aujourd’hui, le pays compte six usines dont la capacité annuelle s’élève à 231 millions de m³.


Priorité au recyclage

Autre piste explorée : le recyclage des eaux usées. Leur volume s’élève aujourd’hui à environ 52 millions de m³. Cette eau est principalement destinée à l’irrigation.

Une étude récente menée par la Kuwait University et la Petrochemical Industries Company (PIC) indique que pas moins de 70 % de l’eau utilisée par les industries manufacturières peut être recyclée.

La question du recyclage est même devenue une priorité dans un contexte marqué par l’accroissement de la population, liée à la prospérité économique.

Pour faire face à cette demande croissante, une nouvelle station de traitement des eaux a été inaugurée en mars 2005 à Sabiyyah. Désormais, la production d’eau douce par habitant atteint près de 182 000 litres par an d’après des études récentes.

Cela n’empêche pas les autorités koweïtiennes de chercher à sensibiliser la population à la nécessité de préserver l’eau.

Il faut dire qu’il y a urgence : des études récentes ont montré que la quantité d’eau disponible par habitant de la région des États arabes, qui était de 3 500 m³ en moyenne dans les années 1960, devrait chuter à seulement 650 m³ d’ici à 2025. Environ 80 % du monde arabe souffre déjà de la sécheresse.

Une ressource considérée comme gratuite

Mais malgré les nombreuses campagnes menées au Koweït, l’eau continue d’être perçue comme une ressource gratuite.

Il est vrai que dans un pays où chaque ménage ne consacre pas plus de 30 dollars par mois à sa consommation d’eau, il n’est pas facile de mesurer la rareté de cette ressource. Et les subventions dont bénéficie le secteur ne font qu’accentuer le phénomène.

Récemment, des efforts ont été déployés en vue de résoudre le problème de la pénurie d’eau, lors de la 7e conférence du Gulf Cooperation Council (GCC) sur la gestion de l’eau, qui s’est tenue le 22 novembre 2005.

Directeur du Conseil du Kuwait Institute for Scientific Research, M. Al-Hamad a souligné lors de cette conférence l’impact financier de la hausse de la consommation d’eau dans les pays du Golfe. Ces derniers dépensent en effet des millions de dollars afin de construire des usines pour faire face à la hausse de la demande en eau.

La conférence a également été l’occasion de plaider en faveur de la création d’un réseau hydraulique associant les six États membres du GCC, à savoir l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Koweït, le Qatar, le Royaume du Bahreïn et le sultanat d’Oman.